Terrain 84 L’Illusion vocale – Capsules sonores
Matteo Bonnasse, Ous El Handassi, Mateo Knox, Lucien Lecointre et Raphaël Revault sont étudiant·es en Master Son à l’ENS Louis-Lumière. Tout au long de leur cursus pluridisciplinaire, iels ont développé un intérêt pour diverses formes soniques : radio, cinéma, musique… Cette collaboration avec la revue Terrain est une occasion unique de mettre en son l’univers de plusieurs articles scientifiques. Ces capsules sonores constituent des vues d’artistes de certains aspects ou concepts du travail des chercheur·euses. Elles sont imprégnées des sensibilités sonores personnelles des étudiant·es, tout en étant le fruit d’échanges avec les auteur·ices des articles.
Lucien Lecointre & Véronique Truffot
L’accent français de la harpe (Terrain 84 “L’illusion vocale”, p. 32-49 et en ligne sur OpenEdition Journals)
Cette capsule sonore propose une expérience sensorielle autour d’une voix plurielle, ambigüe, et invite à frôler l’état de transe qu’elle peut susciter. Une série particulière de « bonjour » compose l’essentiel de la matière sonore, ceux-ci prononcés lors d’une cérémonie de l’ombwiri au Gabon par l’esprit de la harpe, faisant résonner les cordes vocales de la femme possédée. De là émergent de multiples voix, comme autant de couches qui se superposent, s’harmonisent, se brouillent, se distordent, s’opposent, se percutent, se défient, et qui appellent à une expérience hypnotique.
Mattéo Bonnasse & Emilio Frignati
Les Métamorphoses sonores (Terrain 84 “L’illusion vocale”, p. 50-65 et en ligne sur OpenEdition Journals)
Pamüri – Émergence
En s’approchant de la grande maison depuis la rivière, on entend les chanteurs de kapiwaya qui commencent à énoncer le chant des ancêtres en dansant. À mesure que la fête évolue, les voix des chanteur·euses deviennent plus rauques et assurées tandis que d’autres voix, plus aigües, émergent timidement les unes après les autres. De plus en plus nombreuses, elles parviennent progressivement à s’émanciper du chant des ancêtres et, par leur foisonnement même, à morceler l’espace sonore. Soudain, la lance besugü fend l’air et, par son bruit de sonnailles, met fin à cette tumultueuse effervescence alors que le jour commence à se lever. Dans la grande maison, on n’entend bientôt plus que les cris d’oiseaux cassiques qui s’envolent.
Ous El Handassi & Eva Smrekar
Trouble dans la voix (Terrain 84 “L’illusion vocale”, p. 66-83 et en ligne sur OpenEdition Journals)
Fondée sur une démarche expérimentale, cette capsule sonore explore la matérialité de la voix et les multiples processus de sa transformation. Élaborée à partir d’une seule voix enregistrée, elle déploie un travail de superposition et d’altération sonore. À travers ces manipulations, l’œuvre interroge les limites, la plasticité et la structure même des marqueurs vocaux liés au genre à l’identité et à la subjectivité. La voix y devient un matériau instable, en perpétuelle métamorphose. Cette recherche sonore met en tension l’idée d’une voix « authentique » et révèle sa capacité à se reconfigurer, ouvrant un espace de réflexion sur la construction et la performativité des identités.
Mateo Knox & Laurie Vandevelde
Du canari électronique à l’oiseau médiatique (Terrain 84 “L’illusion vocale”, p. 116-133 et en ligne sur OpenEdition Journals)
S’inspirant de la pièce I Am Sitting in a Room d’Alvin Lucier, cette capsule sonore prend racine dans le chant « Praia Grande », diffusé puis réenregistré en boucle dans une même salle. Par cette boucle de rétroaction, la mélodie se transforme et se dégrade progressivement, faisant apparaître les résonances de l’espace, dont les propriétés acoustiques se matérialisent soniquement. Ce jeu de transformation traduit sous une autre forme les pratiques sonores des oiseleurs, qui façonnent les chants de leurs oiseaux par la modulation de leur environnement, enrichie par l’ajout de certains sons diffusés par les éleveurs pour l’entraînement des curios (bruissements d’eau, chants d’autres oiseaux), qui se confondent avec les bruits anthropiques propres à un contexte d’élevage urbain, brouillant la frontière entre paysages sonores et artificiels.
Raphaël Revault & Nadia Guerouaou
Anthropotechnie des affects #1 #2 et #3 (Terrain 84 “L’illusion vocale”, p. 134-151 et en ligne sur OpenEdition Journals)
À travers ces capsules sonores, nous souhaitons créer une palette d’identités vocales qui perturbent la norme de la « voix naturelle » en explorant la plasticité vocale comme territoire sensible. En prenant le contrepied de la numiversalisation des voix générées par IA, nous souhaitons proposer aux auditeur·ices des voix qui sortent de l’ordinaire. De la même manière que les filtres vidéo rajoutent des composantes externes à notre corps, nous utilisons un outil de morphing par IA pour proposer une vue d’artiste des filtres vocaux. L’objectif est d’étendre le pan d’expressivité de la voix humaine par hybridation avec des sons de nature (végétation, air, eau…), des langues méconnues et des voix atypiques.
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OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Carnets de Terrain (12 juin 2026). Terrain 84 L’Illusion vocale – Capsules sonores. . Consulté le 6 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16eyb




